Bulle BD

Sur ce blog, je partage avec vous mes découvertes et lectures en rapport avec l’univers de la bande dessinée.

Bulle BD
Bulle BD
Bulle BD
  • Brume (Tome 5) : la confirmation d’un coup de cœur jeunesse

    Auteurs : Carine Hinder (dessin et couleur) et Jérôme Pélissier (scénario)

    Note : 4.5 sur 5.

    Depuis son lancement en 2023, la série Brume s’est doucement mais sûrement imposée sur mes étagères comme l’une des plus belles réussites de la BD jeunesse récente. Quand j’ai ouvert ce tome 5 paru chez Glénat, j’attendais de voir si le duo Carine Hinder et Jérôme Pélissier allait réussir à maintenir la magie intacte. La réponse est claire : la magie opère toujours, et cette suite confirme tout le bien que je pensais de la série.

    Un lore qui s’étoffe et une intrigue plus dense

    Cette fois, le village est mis à mal par la chute de la barrière de Naïa,ce qui pousse notre trio (Brume, Hugo et Hubert) à mettre le cap vers la mystérieuse Cité d’Ys. Maintenant que les révélations sur les origines de Brume sont posées, j’ai trouvé que le scénario gagnait en maturité. La trame s’enrichit considérablement : j’ai eu la sensation qu’il y avait plus à lire, plus de matière à se mettre sous la dent que dans les opus précédents. Les enjeux deviennent un peu plus graves, la formule magique à réactiver comporte de vrais risques, et cette montée en puissance du lore fait un bien fou à l’histoire.

    Le plaisir intact de retrouver une bande d’amis

    Au-delà de la quête et des monstres baveux qui envahissent les rues, ce qui me fait revenir à chaque fois, c’est l’évolution des personnages. Je suis véritablement conquis par la trajectoire que les auteurs leur donnent. Brume conserve cette petite étincelle d’apprentie sorcière attachante et têtue, mais ses choix pèsent davantage. C’est un pur bonheur de me replonger dans leur quotidien et de suivre cette dynamique d’équipe où le personnage de Drouk sert de contrepoids parfait. On sent une vraie complicité dans l’écriture, et cette sincérité dans leurs relations me touche à chaque lecture.

    Glénat Brume Tome 5

    Un régal visuel qui ne faiblit pas

    Visuellement, le travail de Carine Hinder me séduit toujours autant. Son trait est d’une précision remarquable, tout en gardant cette dynamique indispensable pour capter l’attention des jeunes lecteurs (et des moins jeunes !). L’univers demeure mignon et crédible, mais c’est surtout le bestiaire qui m’impressionne à chaque tome : les créatures sont inventives, colorées, et apportent une vraie personnalité au récit. Qu’il s’agisse de dépeindre le chaos du village ou l’ambiance sous-marine vers la Cité d’Ys, les planches sont magnifiques d’un bout à l’autre.

    Conclusion

    Encore une fois, Jérôme Pélissier et Carine Hinder visent juste. Ce tome 5 ne se contente pas de dérouler une recette qui marche : il fait grandir son univers et ses héros. Pour moi, le succès qui entoure la série est amplement mérité, et Brume fait désormais partie des incontournables absolus de la bande dessinée jeunesse actuelle.

    Le mot de l’éditeur – Glénat:

    Brume pensait avoir déjà affronté le pire. Raté. La barrière magique de Naïa qui protégeait le village vient de céder, libérant une horde de monstres baveux dans les rues. Mais pour Brume, le plus grave est ailleurs : Hubert a disparu ! Pour le retrouver et sauver le village, Brume n’a qu’une solution : réactiver une magie ancienne. Problème : la formule est beaucoup trop dangereuse pour une apprentie sorcière. Même Drouk hésite à s’en mêler. Et comme si ça ne suffisait pas, il manque un ingrédient rare que l’on trouve uniquement dans la mystérieuse Cité d’Ys, engloutie sous l’océan.

  • Lou ! Sonata (tome 3) : la fin d’un cycle tout en délicatesse

    Auteur : Julien Neel

    Note : 4.5 sur 5.

    C’est toujours avec une pointe de nostalgie et une vraie émotion que je me plonge dans un nouvel album de Lou !. La série de Julien Neel compte désormais plus de vingt ans d’existence, et voir grandir cette héroïne au fil des ans reste une expérience assez unique. Chez moi, c’est une histoire de famille : la BD m’accompagne depuis le début et mes enfants ont pris le relais. Ils se retrouvent dans ses doutes, ses envolées et son épanouissement. Autant dire que ce troisième tome de Lou ! Sonata, qui vient clore ce cycle, était particulièrement attendu à la maison.

    Le choix de la pudeur à travers les liens familiaux

    La fin du tome précédent laissait entrevoir des retrouvailles majeures avec le père de Lou, et l’on pouvait s’attendre à ce que cet album tourne entièrement autour de cette relation. Julien Neel prend pourtant le contre-pied avec une vraie finesse. Si le père et la petite Jeanne (la sœur de Lou) sont bien présents, l’auteur choisit de ne pas en faire le moteur dramatique du récit. Il évite les grandes scènes d’explications pour laisser ces liens se décanter en arrière-plan. Cette présence-absence du père, traitée par touches discrètes, reflète avec beaucoup de justesse la complexité d’une histoire familiale qui s’est construite sans lui.

    Et avec l’âge adulte, les doutes…

    Une fois la fête terminée et les projecteurs éteints, l’album se recentre sur ce qui fait le cœur du quotidien de Lou : l’après. À 22 ans, il faut affronter les incertitudes concrètes, chercher du travail et accepter ce retour temporaire chez sa mère. Loin d’être un échec, ce retour à la case départ devient un espace de respiration, rythmé par le jeu de cartes divinatoire offert par Paul qui fait miroir avec sa vie intérieure. Mais ce qui rend cette traversée si savoureuse, c’est que Julien Neel n’oublie jamais de faire rire. La galerie de personnages secondaires est toujours aussi gratinée et haute en couleur, à commencer par le petit frère de Lou qui me fait toujours autant rire ! Visuellement, on retrouve rapidement ses marques : des couleurs éclatantes, une ambiance lumineuse et ce trait si caractéristique qu’on reconnaît entre mille dès la première case.

    L’art de la narration

    Ce qui fait la grande force de cet album, c’est aussi le talent unique de l’auteur pour ne pas tout expliciter. Il laisse des vides entre les cases, des ellipses et des questions en suspens. C’est à nous de faire les liaisons et de lire entre les lignes, ce qui rend la lecture particulièrement gratifiante. En refusant de donner des réponses toutes faites aux doutes de son héroïne de 22 ans, Julien Neel livre un récit profondément humain. La vie d’adulte ne s’accompagne pas d’un mode d’emploi, et c’est cette honnêteté narrative qui rend l’album si touchant.

    Conclusion

    Ce troisième volet vient clore la parenthèse Sonata avec une grande élégance. Julien Neel réussit à solder un cycle sans brusquer ses personnages, en combinant douceur, humour et réflexion sur le temps qui passe. Quel parcours depuis les premiers pas de cette petite ! C’est un album empreint d’une belle énergie que l’on referme avec le sourire et une gratitude sincère. Merci à Julien Neel pour cette traversée des années… et à très bientôt, Lou.

    Le mot de l’éditeur – Glénat:

    Lou avance à tâtons, portée par ses amitiés, ses souvenirs et son désir d’émancipation. Alors que la fête bat son plein, et qu’elle souffle ses 22 bougies au milieu du festival de musique de Mortebouse, un événement va bouleverser son équilibre. Son père, qu’elle n’a jamais vraiment connu, réapparaît avec une fille qui n’est autre que sa sœur ! Cette petite Jeanne qui lui ressemble chamboule son quotidien. Entre retrouvailles maladroites et éclats de rire Lou doit apprendre à faire place à l’inattendu. 

  • Le dernier pilote

    Auteur : Sean Murphy

    Note : 4 sur 5.

    J’ai toujours eu un gros faible pour le travail de Sean Murphy. Que ce soit sur sa relecture fascinante de l’univers de Batman avec White Knight ou sur ses récits plus incisifs comme Punk Rock Jesus et Tokyo Ghost, c’est un auteur dont je suis l’actualité les yeux fermés. C’est donc avec une certaine excitation que je me suis jeté sur son tout dernier album paru chez Astrolabe, Le Dernier Pilote. Et autant vous le dire d’emblée : je n’ai pas été déçu du voyage !

    Un moteur thermique face à l’empire des algorithmes

    Ce qui m’a tout de suite séduit dans cette histoire, c’est ce contraste saisissant entre la haute technologie et la mécanique à l’ancienne. On plonge dans un futur étouffant, entièrement régi par une intelligence artificielle omniprésente qui flique le moindre geste. Au milieu de ce monde aseptisé, le héros, Clutch, fait figure de véritable anomalie : c’est le tout dernier pilote capable de conduire une voiture thermique. Sa conduite hors réseau le rend totalement invisible aux yeux du système, ce qui attire forcément la convoitise du baron du crime local, Kowalski. Le marché qu’il lui impose est d’une efficacité dramatique redoutable : une ultime course clandestine en échange d’un cœur artificiel pour sauver sa petite-fille, Cuda. J’ai immédiatement accroché à cet enjeu familial fort, qui donne une vraie portée émotionnelle à ce pari fou.

    Une galerie de personnages haute en couleur, entre crasse et rédemption

    Au-delà de son intrigue centrale, j’ai trouvé l’ensemble des personnages gravitant autour de Clutch et Cuda de cet album particulièrement réussie. Sean Murphy ne se contente pas de poser des silhouettes : il insuffle une vraie dynamique de groupe. La relation entre Clutch et sa sœur Trans Am fonctionne à merveille, apportant un ancrage familial solide et complice. Autre personnage intéressant, son rival de toujours, Firebird. C’est un vrai salopard, un type sans foi ni loi sur l’asphalte, mais l’auteur lui offre une trajectoire intéressante : face à l’urgence des enjeux, il trouve une forme de rédemption inattendue à travers un code d’honneur très « Fast & Furious » où la famille passe avant le reste. Ajoutez à cela un vieux flic teigneux qui traque Clutch depuis des années avec une ténacité d’un autre temps, et vous obtenez un casting d’une richesse folle.

    Le dernier pilote Sean Murphy

    Une mise en scène au format à l’italienne : une belle claque visuelle

    Visuellement, j’ai trouvé que Sean Murphy atteignait ici des sommets. On sent à chaque case qu’il s’est véritablement éclaté à dessiner ces bolides et cette ville cyberpunk. C’est beau, c’est nerveux, c’est d’une énergie furieuse. Mais la vraie révélation pour moi, c’est le choix du format à l’italienne. Honnêtement, je trouve que ce découpage panoramique prend un sens absolu dans les scènes de course. J’ai eu la sensation de ressentir la vitesse, le rugissement des moteurs et la fumée des pneus à chaque page tournée. L’orientation horizontale étire le mouvement et m’a complètement immergé dans l’action. C’est un découpage d’une intelligence rare pour un récit de ce genre.

    En conclusion

    Ce Dernier Pilote a été une lecture totalement jubilatoire pour moi. En mêlant une galerie de personnages bien trempés à un découpage panoramique d’une efficacité folle, Sean Murphy nous livre un album généreux, racé et diablement dynamique. Si comme moi vous aimez la belle mécanique, les histoires de famille et les planches qui envoient du lourd, c’est une lecture que je vous recommande chaudement !

    Le mot de l’éditeur – Astrolabe:

    Dans un monde dominé par l’intelligence artificielle, Clutch est une relique vivante. Dernier pilote capable de conduire une voiture thermique, il est aussi le seul à pouvoir échapper aux systèmes de surveillance. Un talent qui attire l’attention de Kowalski, baron du crime local. Celui-ci lui propose un marché : une ultime course en échange du coeur qui pourrait sauver sa petite fille Cuda d’une mort précoce .

  • Le quatrième père : tome 1

    Auteur : Mattéo Scalera

    Note : 4 sur 5.

    Je me suis lancé dans ce premier tome sans trop savoir où je mettais les pieds, et franchement : quelle claque. Publié chez nous par les éditions Astrolabe après un passage réussi par Kickstarter aux États-Unis, Le Quatrième Père marque le retour de Matteo Scalera. Le dessinateur star des comics américains débarque ici dans un registre beaucoup plus hybride, entre drame familial et cavale poisseuse. Une excellente surprise.

    L’héritage familial sous tension…

    Le pitch va droit au but : Danny et Sophie, un frère et une sœur aux vies complètement opposées, voient leur quotidien déjà bancal voler en éclats. La cause ? Le retour de Frank, leur père déserteur… qui s’avère être un ancien super-héros traqué. C’est là que le scénario frappe fort : dès les premières pages, la caractérisation des personnages est tranchée et les enjeux sont posés avec une efficacité redoutable. Pas de bavardages inutiles, le récit nous attrape immédiatement par le col et déroule une mécanique narrative d’une fluidité exemplaire. Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est l’art avec lequel Scalera dose le mythe du super-héros. L’univers super-héroïque est bien là en arrière-plan, mais il est amené par touches subtiles, sans jamais étouffer l’intrigue familiale ni verser dans la surenchère. Ce rythme soutenu maintient une vraie tension dramatique et permet au livre de fonctionner aussi bien pour un fondu de comics que pour un lecteur de romans graphiques plus intimistes.

    Un découpage et un encrage de haut vol

    Graphiquement, c’est du très grand art. On connaissait déjà le talent de l’auteur chez Marvel ou DC, mais ici, ses planches dégagent une puissance incroyable. L’encrage est lourd, habité, et les ambiances posent une atmosphère folle dès les premières cases. Mention spéciale au découpage des scènes d’action : c’est fluide, chirurgical, ça claque à chaque page. Scalera insuffle une vraie tension physique à ses personnages, et visuellement, l’album impose un sacré respect.

    Lu d’une traite, et maintenant l’attente…

    Je n’ai pratiquement aucune réserve sur cette lecture. Le livre se dévore d’une seule traite, tenu en haleine du début à la fin par une caractérisation efficace et des enjeux posés sans perdre de temps. Le seul petit problème en refermant l’album, c’est cette frustration inévitable : le scénario est tellement bien ficelé qu’on se retrouve bêtement au bout du tome 1 avec une envie furieuse d’enchaîner sur le deuxième.

    En conclusion

    Ce premier tome du Quatrième Père est clairement une excellente surprise. En mariant le roman graphique avec la nervosité du comics, le tout porté par une maîtrise graphique impressionnante, Matteo Scalera réussit son coup. Une lecture que je vous conseille les yeux fermés.

    Le mot de l’éditeur – Astrolabe:

    Élevés par leur mère, Danny et Sophie ne pouvaient pas être plus opposés. Quand l’une est devenue une femme pompier respectée par ses pairs, l’autre enchaîne les petits boulots et peine à incarner une quelconque stabilité auprès de sa fille Tammy. Liés dans une relation compliquée, Sophie et Danny pourraient néanmoins trouver un équilibre à la faveur du retour tout sauf providentiel de Frank, leur père déserteur et ancien super-héros, désormais traqué…