Bulle BD

Sur ce blog, je partage avec vous mes découvertes et lectures en rapport avec l’univers de la bande dessinée.

Bulle BD
  • Après Arthur : le thrône et l’épée

    Auteurs : Alex Sierra (dessin) et Olivier Legrand (scénario)

    Note : 4 sur 5.

    C’est avec un plaisir non dissimulé que je me suis plongé dans Après Arthur : le thrône et l’épée, premier tome d’une série parue aux éditions Le Lombard. Si la légende arthurienne est un sujet maintes fois visité, le scénariste Olivier Legrand et le dessinateur Alex Sierra font ici un choix narratif particulièrement audacieux : s’attaquer à la fin du mythe. En choisissant de situer leur récit au lendemain direct de la mort du roi Pendragon, les auteurs s’aventurent sur un terrain méconnu et crépusculaire qui a immédiatement capté mon attention.

    Le Roi est mort, vive le Roi ?

    Dès la scène d’ouverture, j’ai été saisi par le parti pris des auteurs. Pas de longs préambules : l’album nous immerge brutalement face au corps d’Arthur, gisant au milieu du champ de bataille ensanglanté de Camlann. L’intrigue ne perd pas une seconde et pose les enjeux à une vitesse impressionnante. Morgane, la Dame du Lac ou encore les fils du traître Mordred… chacun tente d’exister et de tirer son épingle du jeu au milieu des ruines du royaume. J’ai particulièrement apprécié cette relecture politique et poisseuse de l’après-chute, très proche des codes de la dark fantasy moderne, où la quête du pouvoir devient le centre d’une lutte sans merci.

    Alex Sierra sort le grand jeu

    Visuellement, l’ouvrage est une franche réussite. Je ne connaissais que très peu le travail d’Alex Sierra, mais sa représentation du royaume de Logres et de l’île de Bretagne m’a totalement séduit. On retrouve tout ce qui fait le sel d’une excellente bande dessinée d’héroïc fantasy : un trait généreux, des visages marqués et une gestion de la lumière qui oscille à merveille entre l’éclat de l’ancienne chevalerie et les ténèbres émergentes. Sierra insuffle une vraie matière à ses planches, rendant cet album particulièrement attirant pour les yeux.

    Vous n’avez pas la ref ?

    Si le rythme trépidant du scénario fait la force de l’album, j’émettrais une petite réserve sur sa gestion du lore. Le récit cite ou introduit de nombreux personnages de la légende arthurienne, parfois sans qu’ils n’apparaissent physiquement dans ce premier volume. Si cela enrichit indéniablement l’univers pour les connaisseurs, j’ai bien peur que le lecteur complètement néophyte ne s’y perde un peu à la première lecture. Heureusement, ce léger frein n’entache pas le plaisir global, et la fin de l’album tend la corde narrative juste comme il faut pour donner une furieuse envie de lire la suite.

    Conclusion

    Ce premier tome d’ Après Arthur s’impose comme une très bonne entrée en matière. En évitant la redite pour explorer les ruines du mythe avec une écriture nerveuse et un dessin superbe, Olivier Legrand et Alex Sierra réussissent haut la main leur pari. C’est une lecture que je vous recommande chaudement.

    Le mot de l’éditeur – Le Lombard:

    Le roi Arthur est mort. Et avec lui, le rêve d’un royaume uni. Livrée aux complots, aux guerres et aux ambitions rivales, l’île de Bretagne sombre dans le chaos. Dans cet âge crépusculaire, quelques figures de l’ancienne légende refusent de laisser l’héritage du roi s’effacer. Convaincus que la bataille n’est pas terminée… Morgane, Guenièvre, la Dame du Lac, les fils du traître Mordred, sire Bedwyr, fidèle chevalier de la Table Ronde… chacun cherche sa place dans un monde en ruines.

    Fiche de l’éditeur – Le Lombard

  • La Langue des vipères : la révélation signée Juliette Brocal

    Auteur : Juliette Brocal (dessin et scénario)

    Note : 5 sur 5.

    Suivie pas à pas sur les réseaux sociaux puis portée par un engouement massif lors de sa campagne Ulule, l’arrivée en librairie de La Langue des vipères avait tout du rendez-vous à ne pas manquer. Premier album d’une jeune autrice que je ne connaissais pas du tout, Juliette Brocal, ce titre m’intriguait autant qu’il me tentait. Après plus d’un mois à patienter sagement au sommet de ma pile à lire, je me suis enfin décidé à me plonger dedans… Et quel plaisir ! C’est un immense coup de cœur qui vient marquer mon année 2026.

    Une immersion visuelle qui m’a immédiatement charmé

    Dès les premières pages, j’ai été totalement conquis par le travail graphique de Juliette Brocal. L’autrice déploie une identité visuelle affirmée et d’une générosité remarquable sur les 248 pages que compte l’ouvrage. Le trait est vibrant, la mise en scène fluide, et le soin apporté aux détails insuffle une atmosphère médiévale fascinante à l’abbaye de Réol. On ressent une maîtrise impressionnante pour un premier album : j’ai été émerveillé par la beauté de chaque planche qui capte le regard du début à la fin.

    Une intrigue solide et un fantastique subtilement dosé

    Au-delà de la claque visuelle, le scénario s’avère d’une solidité exemplaire. Je me suis laissé complètement embarquer dans cette histoire aux côtés de Iodis, fille illégitime plongée dans les rivalités monastiques et confrontée à la mystérieuse Halcyon. Le récit ne souffre d’aucun temps mort : l’autrice a su me tenir en haleine de la première à la dernière page sans que je m’ennuie une seule minute. J’ai particulièrement apprécié la touche fantastique : elle est subtilement parsemée tout au long de l’album, très bien dosée, ce qui enrichit l’intrigue sans jamais l’alourdir.

    La naissance d’une autrice à suivre de très près

    Réussir à maintenir un rythme aussi captivant sur un pavé de près de 250 pages relevait du défi pour une première œuvre, et Juliette Brocal le relève haut la main. En refermant le livre, j’ai eu le sentiment privilégié d’assister à la naissance d’un grand talent de la bande dessinée. Toute la curiosité suscitée par la création de l’album sur Instagram et Ulule était amplement méritée, et la lecture a surpassé mes espérances.

    Conclusion

    La Langue des vipères est pour moi une œuvre aboutie, envoûtante et maîtrisée de bout en bout. Entre un univers visuel somptueux, une tension constante et un fantastique empreint de finesse, Juliette Brocal signe l’un de mes plus grands coups de cœur de 2026. Je ne peux que vous recommander chaleureusement de vous plonger dans ce roman graphique d’exception ! Jupiter à bord du Cygne Noir est une aventure spatiale que vous n’êtes pas près d’oublier.

    Le mot de l’éditeur – Rue de Sèvres:


    Fille illégitime d’un important prélat, Iodis a grandi à l’abbaye de Réol aux côtés de jeunes nobles mieux nés. Elle y étudie la Langue, une magie liturgique répondant par des visions aux questions de ceux qui la maîtrisent. Espérant échapper à la vie monastique en étant choisie comme Doctorante, Iodis trouve une rivale déterminée en la personne d’Halcyon de Monterréol, une nouvelle venue à qui tout semble réussir et dont les manières fuyantes lui semblent aussitôt suspectes. Lorsqu’un précieux tableau et le moine qui le peignait disparaissent en laissant derrière eux les traces d’une violente altercation, Iodis n’a plus de doute : Halcyon sait quelque chose et cache un secret qui pourrait compromettre l’abbaye tout entière.

    Fiche de l’éditeur – Rue de Sèvres

  • Les Chants du Cygne Noir : Le coup de maître “manga” d’Alex Alice

    Auteur : Alex Alice (dessin et scénario)

    Note : 5 sur 5.

    C’est l’un des événements BD que j’attendais, qui s’impose dès sa sortie comme un jalon incontournable de mes lectures de l’année. Alex Alice, celui que j’aime qualifier de véritable « créateur de mondes » et dont je suis le travail avec admiration depuis ses débuts (Le Troisième Testament, Siegfried, Le Château des étoiles), est de retour aujourd’hui aux éditions Rue de Sèvres. Pour sa quatrième série majeure, l’auteur prend un virage à 180 degrés en adoptant le format manga avec Les Chants du Cygne Noir. Une sacrée prise de risque pour un artiste que j’ai l’habitude de voir briller sur de grandes planches avec un travail énorme sur la mise en couleur. Pourtant, je vous le dis d’emblée : ce pari est une réussite totale.

    Un vibrant hommage aux corsaires de l’espace

    Ayant grandi dans les années 80, j’ai été profondément nourri par l’imaginaire d’Albator et des grands corsaires de l’espace. Autant vous dire que la lecture des Chants du Cygne Noir m’a procuré un frisson de nostalgie instantané. J’ai immédiatement reconnu l’hommage vibrant qu’Alex Alice rend à ses propres inspirations, à commencer par l’univers unique créé par Leiji Matsumoto. J’ai adoré retrouver cette poésie rétrofuturiste si particulière, où des vaisseaux majestueux naviguent dans le vide interplanétaire comme d’anciens navires sur l’océan. C’est un immense plaisir pour moi de pouvoir lire aujourd’hui un récit aussi moderne, capable de faire revivre avec autant de justesse ces ambiances spatiales qui ont bercé mon enfance.

    Une intrigue haletante menée de main de maître

    Au-delà de la note d’intention esthétique, j’ai été bluffé par l’efficacité redoutable du récit. Sur 216 pages, l’auteur déploie une intrigue parfaitement maîtrisée qui ne m’a pas laissé une seconde de répit. J’ai suivi avec passion la jeune Benesh, habitée par un désir de vengeance féroce, qui s’embarque sur un paquebot spatial en direction de Jupiter pour retrouver le meurtrier de son frère. Mais alors qu’elle s’apprête à assouvir sa vengeance, des pirates abordent le navire… C’est simple, percutant, et d’une fluidité narrative exemplaire. Le format manga, loin de brider l’auteur, semble lui donner une nouvelle liberté dans le rythme, rendant le voyage d’un bout à l’autre incroyablement vivant.

    La métamorphose graphique d’un géant

    Je dois bien avouer que j’attendais Alex Alice au tournant sur l’aspect visuel. Le voir abandonner ses couleurs directes somptueuses pour s’approprier les codes du noir et blanc et la grammaire du manga aurait pu être déstabilisant. C’est tout le contraire : je suis toujours autant impressionné par sa capacité à se réinventer. Le dessin est d’une puissance graphique folle. Le mouvement est fluide, l’expressivité des personnages est exacerbée, et la gestion des contrastes respecte l’ADN du manga tout en conservant la patte unique de l’artiste. C’est rare de voir un auteur installé prendre autant de risques, et le voir relever ce défi avec un tel brio me force le respect.


    Conclusion

    Avec Les Chants du Cygne Noir, Alex Alice prouve une fois de plus qu’il est un artiste complet, capable de sortir de sa zone de confort pour livrer un véritable chef-d’œuvre. En fusionnant l’exigence narrative franco-belge et l’énergie du manga, le tout saupoudré d’une nostalgie des années 80 qui m’a touché en plein cœur, il signe un premier tome captivant. C’est mon grand coup de cœur du moment. Je ne peux que vous conseiller de foncer chez votre libraire : le voyage vers Jupiter à bord du Cygne Noir est une aventure spatiale que vous n’êtes pas près d’oublier.

    Le mot de l’éditeur – Rue de Sèvres:
    1880, la conquête de l’espace bat son plein : au-delà de Mars, les puissances européennes rivalisent pour le contrôle du Ring, la ceinture d’astéroïdes. Mais les vaisseaux qui s’y risquent s’évanouissent sans laisser de traces…

    La jeune Benesh, à la recherche du meurtrier de son frère, s’engage à bord d’un paquebot interplanétaire à destination de Jupiter. Alors qu’elle s’apprête à assouvir sa vengeance, des pirates abordent le navire. La rencontre est explosive. Benesh rejoindra-t-elle le capitaine Lohengrin et l’équipage du Cygne Noir dans sa quête d’une relique extra-terrestre aux pouvoirs étranges ?

    Après le succès du Château des étoiles, Alex Alice explore de nouveaux territoires et inaugure un chapitre majeur de son œuvre avec Les Chants du Cygne Noir, une nouvelle série de manga ambitieuse et spectaculaire.

    Fiche de l’éditeur – Rue de Sèvres

  • Pourpre-Sang : Un vent de fraîcheur chez Astrolabe

    Auteur : Léo Cherel (dessin et scénario)

    Note : 4 sur 5.

    L’arrivée d’un nouvel acteur dans le monde de l’édition est toujours un événement que je guette avec curiosité, surtout lorsqu’il affiche une ambition claire : remettre le « genre » au centre de la table. Avec Pourpre-Sang : Le Cercle de Nimuée, premier titre de la maison Astrolabe, Léo Cherel nous parachute dans un univers de piraterie mâtiné de fantastique. Entre chasseurs de monstres et intrigues de cour, j’ai plongé dans cette aventure avec un plaisir non dissimulé.

    Un univers aux embruns familiers et envoûtants

    Dès les premières planches, j’ai été frappé par l’atmosphère qui se dégage de l’œuvre. Léo Cherel ne cache pas ses influences, et pour mon plus grand bonheur, j’y ai retrouvé cette saveur unique propre à Pirates des Caraïbes ou à l’univers décalé de Monkey Island. On y suit Sauln et sa disciple Lorinte, des « Pourpre-Sang » dont la fonction de chasseurs de monstres apporte immédiatement une dimension épique au récit. L’entrée en scène d’Adèle d’Aubépine, aristocrate au caractère bien trempé, lance une escorte qui, on s’en doute, ne sera pas de tout repos. C’est classique, certes, mais l’univers est si bien brossé qu’on s’y sent immédiatement chez soi.

    L’art de l’équilibre et du rythme

    Ce qui m’a véritablement séduit dans cet album, c’est sa maîtrise du tempo. Je ne connaissais pas encore le travail de Léo Cherel, et c’est une très belle découverte. Il parvient à jongler avec une agilité déconcertante entre des scènes d’action tonitruantes et des moments plus introspectifs. Ces respirations sont essentielles : elles permettent à l’intrigue de s’épaissir et aux mythes de ce monde de prendre racine. Le graphisme, haut en couleurs, sert parfaitement cette dynamique en rendant les affrontements lisibles et les décors immersifs. On sent un auteur qui s’amuse avec ses codes, et cette générosité est communicative.

    L’efficacité au service du plaisir de lecture

    Si je devais résumer cet album en un mot, ce serait « efficace ». Léo Cherel ne cherche pas à réinventer la roue ou à déconstruire le récit d’aventure pour le plaisir de l’exercice. Au contraire, il embrasse le genre avec une sincérité rafraîchissante. Les trahisons se dessinent, les légendes s’éveillent, et le suspense est distillé avec juste assez de parcimonie pour nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page. Ce premier tome d’un diptyque remplit parfaitement son contrat : poser des bases solides, nous attacher à ses personnages et nous laisser avec une envie furieuse de découvrir la conclusion du cycle.


    En conclusion

    Pourpre-Sang est une lecture que je recommande chaudement à toutes celles et ceux qui cherchent une évasion de qualité. C’est un divertissement solide, porté par un dessin vibrant et un sens de la narration qui ne faiblit jamais. Pour un premier titre chez Astrolabe, c’est un coup de maître qui confirme que la bande dessinée d’aventure a encore de très beaux jours devant elle. Vivement le tome 2 !

    Le mot de l’éditeur – Astrolabe:
    La profession de PourpreSang n’est pas de tout repos. Pour ces chasseurs de monstres au service des
    plus démunis, lier devoir et nécessité de boucler les fins de mois s’avère de plus en plus difficile pour Sauln et sa disciple Lorinte. Jusqu’au jour où ils croisent le chemin d’Adèle d’Aubépine, une jeune noble en quête d’escorte pour l’accompagner à la réception du gouverneur de l’archipel…

    Fiche de l’éditeur – Astrolabe

  • La Longue Marche de Lucky Luke par Matthieu Bonhomme

    Auteurs : Matthieu Bonhomme (dessin et scénario)

    Note : 4.5 sur 5.

    Reprendre une icône du neuvième art est un exercice d’équilibriste, une prise de risque où chaque choix peut être perçu comme une trahison par les puristes. Pourtant, pour la troisième fois, Matthieu Bonhomme se frotte au mythe avec La Longue Marche de Lucky Luke, et j’ai trouvé le résultat absolument magistral. En plaçant le cow-boy solitaire dans un enfer blanc, l’auteur parvient à moderniser le récit tout en préservant, à mon sens, l’essence même de la légende créée par Morris.

    Un récit d’aventure aux résonances modernes

    L’intrigue, qui voit Luke escorter un jeune garçon à travers la neige et la glace, dépasse pour moi le simple cadre du western classique pour toucher à l’universel. J’ai été frappé par la manière dont Bonhomme saisit les nuances de Luke : il n’est plus seulement une gâchette infaillible, mais un homme confronté à la fragilité de l’enfance et à la rudesse des éléments. Ce voyage forcé devient un parcours initiatique où le silence de la neige souligne les responsabilités pesantes du héros. J’y ai vu un Lucky Luke plus humain, presque plus vulnérable, ce qui rend son héroïsme d’autant plus touchant. De plus, l’intégration de thématiques contemporaines au cœur du XIXe siècle se fait sans anachronisme, enrichissant le récit d’une profondeur sociale que j’ai particulièrement appréciée.

    Les Dalton : Entre tension dramatique et sel comique

    Le génie de cet album réside aussi, selon moi, dans l’utilisation brillante des frères Dalton. Trop souvent réduits à des bouffons dans la série régulière, ils retrouvent ici une certaine forme de dangerosité, tout en conservant ce trait comique très juste qui fait leur sel. J’ai aimé voir comment leur présence, au milieu de ce décor de survie, apporte une respiration bienvenue. Matthieu Bonhomme réussit l’exploit d’intégrer leur maladresse légendaire et leurs éternelles querelles sans jamais briser la tension dramatique qui habite chaque page. Ce contraste permanent entre la dureté du voyage dans le froid polaire et l’absurdité du quatuor offre un équilibre narratif parfait, rendant la lecture extrêmement riche et rythmée.

    Une signature graphique qui m’a ébloui

    Sur le plan visuel, je dois dire que le travail de Matthieu Bonhomme est une véritable claque. Son trait, à la fois moderne et respectueux des codes franco-belges, apporte une texture inédite à l’Ouest sauvage. J’ai été fasciné par sa gestion de la neige et du vide : chaque planche est un modèle de composition où l’immensité blanche renforce la solitude des personnages. Son encrage, si particulier, donne une densité physique à la glace et aux vêtements, tandis que son interprétation de Luke — plus élancé, plus mélancolique — est, pour moi, un pur plaisir pour les yeux. On ne regarde pas seulement les cases, on ressent le froid et la fatigue de cette longue marche. C’est une œuvre où le dessin ne se contente pas d’illustrer, il raconte une histoire à part entière.


    Conclusion

    Cet album est un coup de cœur total qui s’inscrit dans la lignée parfaite des deux précédents opus. J’estime que Matthieu Bonhomme ne se contente pas de copier le style de Morris ; il s’approprie le héros avec un respect et un talent qui forcent l’admiration. La Longue Marche de Lucky Luke est une épopée glaciale, mais c’est surtout une lecture qui m’a profondément marqué par sa justesse et sa beauté.

    Le mot de l’éditeur – Dargaud:
    Forêts du nord du Minnesota, territoire Lakota. Lucky Luke est chargé par Mr Cramp, patron de l’imposante « Cramp Company », de retrouver son neveu, qui aurait été enlevé à la naissance par la tribu des Pieds-bleus. Luke retrouve l’enfant – désormais âgé de 10 ans, nommé Nuage-Rouge et fils adoptif du chef Lance-de-Bois –, mais réalise vite que Cramp cherche en fait à éliminer cet héritier et rival, pour s’approprier pleinement l’entreprise familiale.
    Le cow-boy fuit immédiatement avec Nuage-Rouge désormais en danger vers le Canada et entame une marche longue et périlleuse entre forêt glaciale, loups affamés et (quatre) redoutables desperados envoyés par Cramp !
    Déjà installé avec succès dans le territoire de Lucky Luke, Matthieu Bonhomme renouvelle le genre en jouant avec les personnages bien connus de la série (ainsi qu’à d’autres issus de l’actualité !) tout en montant encore d’un cran sa virtuosité graphique.
    Il nous offre un grand western, qui mêle brillamment la plus pure tradition de l’aventure avec un regard tendre, drôle et engagé.

    Fiche de l’éditeur – Dargaud

  • Les Seigneurs Mages : le début prometteur d’une nouvelle saga jeunesse

    Auteurs : Juliette Fournier (scénario), Greg Mauny (dessin)

    Note : 4 sur 5.

    La fantasy jeunesse est un genre codé où il est parfois difficile de trouver le bon équilibre entre classicisme et originalité. En parcourant le premier tome des Seigneurs-Mages de Juliette Fournier et Greg Mauny, j’ai trouvé un ouvrage qui remplit parfaitement son contrat : proposer une aventure solide, bien rythmée et visuellement accrocheuse. Je me suis laissé porter par ce continent régi par une caste de mages tout-puissants, dont l’autorité semble aussi ancienne que fragile.

    Une structure narrative qui rappelle le shōnen

    Ce qui m’a frappé dans la construction de cet album, c’est son efficacité qui emprunte beaucoup aux codes du shōnen. Je pense notamment au duo formé par Kain et Niméa. Le premier, avec son tempérament désinvolte et son courage de protecteur, apporte une énergie immédiate au récit. Sa sœur, quant à elle, offre un contraste intéressant par son désir d’intégrer l’élite qu’il déteste. Cette dynamique fraternelle classique, mais très bien exécutée, m’a permis d’entrer sans effort dans l’histoire.

    Un dosage réussi entre action et enjeux politiques

    L’intrigue gagne en épaisseur grâce à un point de départ intrigant : la mort du mage Yalnus, souverain du domaine de Dante-Pierre depuis plus de 3000 ans. Ce décès n’est pas qu’un simple fait divers, il crée un véritable séisme politique. J’ai aimé la façon dont le récit expose la réunion des autres seigneurs-mages, venus moins pour rendre hommage que pour se disputer les dépouilles et l’influence de ce territoire immense. En parallèle, les auteurs installent une menace plus viscérale avec les Odiums, ces monstres dévorants qui harcèlent la population. Le lien suggéré entre l’inaction des mages et la prolifération de ces créatures apporte une tension bienvenue : on comprend vite que la survie des habitants dépend d’un « acier écarlate » contrôlé par l’élite, plaçant le peuple dans une dépendance totale et révoltante.

    Le dynamisme visuel au service de l’aventure

    Le travail graphique de Greg Mauny est, selon moi, l’un des points forts de cet album. Son trait est très agréable et possède un dynamisme qui colle parfaitement à l’esprit « aventure » de la série. J’ai apprécié les couleurs intenses et pleines de « peps », qui renforcent l’aspect moderne de l’ouvrage. C’est un dessin d’inspiration manga qui sert parfaitement la narration, rendant le tout très vivant et facile à suivre.


    Conclusion

    Ce premier tome est une véritable réussite qui m’a fait passer un excellent moment de plaisir. Juliette Fournier et Greg Mauny signent ici une entrée en matière plus que prometteuse, mêlant avec brio l’énergie du manga et la richesse de la fantasy classique. C’est frais, c’est beau et surtout, c’est terriblement accrocheur ! Je suis déjà conquis par l’univers et j’ai vraiment hâte de découvrir comment Kain et Niméa vont bouleverser l’ordre établi. Si vous cherchez une série à l’univers riche et au rythme effréné, ne passez pas à côté !

    Le mot de l’éditeur – Glénat:
    Bienvenue sur un continent à nul autre pareil où les Seigneurs-Mages – une élite de magiciens – règnent en maître et se partagent le territoire en une multitude de fiefs. Quand le richissime Yalnus, âgé de plus de 3000 ans vient à mourir, tous les Mages se réunissent en nourrissant l’avide espoir d’hériter de son immense domaine de Dante-Pierre et de ses habitants. Ces derniers, soumis aux lois des Mages, n’ont bien entendu pas leur mot à dire, au grand dam de Kain, un orphelin de 15 ans qui les déteste par-dessus tout. Alors que Niméa, sa jeune sœur, rêve de les rejoindre et de devenir Dame Mage ! Kain n’a pas totalement tort : alors que les Seigneurs-Mages sont bien à l’abri dans leur tour d’ivoire, la population, elle, subit l’assaut régulier d’effroyables créatures, les Odiums…

    Fiche de l’éditeur – Glénat