Auteurs : Mathieu Bablet
On connaît aujourd’hui Mathieu Bablet pour ses fresques de science-fiction monumentales que sont Shangri-La ou Carbone et Silicium, et plus récemment Silent Jenny. Pourtant, bien avant ces récits d’anticipation, il y avait Adrastée : une épopée mythologique et contemplative où, déjà, tout le génie de l’auteur était présent. Récit de mon voyage dans cette œuvre fondatrice.
Un roi en quête de sa propre fin
L’histoire nous plonge dans les pas d’un roi rendu immortel par les dieux. Après avoir vu son royaume et ses proches disparaître au fil des siècles, il n’a plus qu’une obsession : trouver la mort. Commence alors un long pèlerinage à travers des terres inconnues, peuplées de créatures étranges et de vestiges de civilisations oubliées, dans l’espoir de convaincre les dieux de lui reprendre leur « cadeau ».
Ce qui frappe d’emblée dans Adrastée, ce n’est pas l’action, mais l’atmosphère. Le récit est une longue marche, une quête introspective et mélancolique. On ressent le poids de l’éternité sur les épaules de ce roi solitaire, et chaque rencontre, chaque paysage traversé est une nouvelle occasion de méditer sur la vie, le temps qui passe et notre place dans l’univers.
La démesure des décors : une signature est née
Ce qui m’a particulièrement marqué, et qui est sans doute le point d’orgue de l’album, c’est la grandeur vertigineuse des décors. C’est ici que le style Bablet explose pour la première fois. Des cités cyclopéennes aux forêts titanesques, en passant par des temples abandonnés à l’architecture impossible, chaque planche est une invitation à la contemplation.
Les personnages y sont souvent représentés comme de minuscules silhouettes, écrasées par la majesté et l’immensité de leur environnement. Cette mise en scène n’est pas anodine : elle renforce le sentiment de solitude du héros et souligne la petitesse de l’être face au temps et à la nature. On passe de longs moments à simplement admirer une page, à se perdre dans la richesse des détails architecturaux. C’est une expérience de lecture presque immersive.
La genèse d’un auteur majeur
Avec le recul, Adrastée est bien plus qu’une simple bande dessinée de fantasy. C’est le laboratoire dans lequel Mathieu Bablet a forgé les thèmes et l’esthétique qui feront son succès. La solitude de l’individu, la fin des civilisations, la quête de sens et cette fascination pour les structures démesurées… tout est déjà là.
Bien que plus ancré dans la mythologie que dans la science-fiction, cet album partage avec ses successeurs une âme profondément philosophique et un souffle narratif unique. Le rythme lent, qui pourrait en dérouter certains, est en réalité la plus grande force du récit, nous laissant le temps de nous imprégner de sa beauté poétique et tragique.
En conclusion
Adrastée est une œuvre magnifique et essentielle. Pour ceux qui, comme moi, ont découvert Bablet avec ses récits de SF, c’est une lecture indispensable pour comprendre l’origine de son talent. Pour les autres, c’est la porte d’entrée idéale dans l’univers d’un auteur qui sait, mieux que personne, dessiner l’infiniment grand pour raconter l’infiniment intime.
Le mot de l’éditeur:
« Après avoir passé 1000 ans sur son trône de pierre à méditer sur sa condition d’immortel, un homme, ancien roi d’hyperborée, part vers le Mont Olympe. Ayant vu disparaître les siens et son peuple au fil d’une vie qui n’a que trop duré, il s’est enfin décidé à trouver les Dieux pour les questionner quant à son étrange nature. Pourquoi lui ? Comment mourir ? Peut-il encore retrouver celle qu’il a aimée ?«










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