Bulle BD

Sur ce blog, je partage avec vous mes découvertes et lectures en rapport avec l’univers de la bande dessinée.

Bulle BD
  • « Sauvage » ou l’éclat d’un conte doux-amer

    Auteur : Rosalia Radosti (scénario et dessin)

    Note : 3.5 sur 5.

    Il était une fois Rosalia Radosti, dont j’ai découvert le talent sur les réseaux sociaux à travers ses magnifiques illustrations. C’est donc tout naturellement que je me suis plongé dans son premier album édité en France, Sauvage, curieux de voir comment son univers graphique allait s’épanouir sur la longueur d’un récit complet.

    La noirceur sous le merveilleux

    L’histoire nous entraîne sur les pas d’une jeune princesse rebelle dont la route croise celle de Rodrigue. Mais derrière cette rencontre aux airs d’idylle classique se cache une vérité bien plus sombre. Nous sommes ici bien plus proches de la rudesse des écrits des frères Grimm que des adaptations lissées de Disney. Ce ton, plus viscéral, apporte une profondeur bienvenue au récit. Si la structure reste fidèle aux codes traditionnels, le propos se révèle résolument moderne, notamment grâce à un twist efficace qui intervient à la moitié de l’album et bouscule nos attentes.

    Un enchantement visuel permanent

    Dès les premières pages, j’ai été emporté par le travail graphique de l’autrice. Son dessin, d’une précision remarquable, retranscrit à la perfection l’essence même du conte. Les paysages sont denses, les costumes détaillés et les personnages d’une grande expressivité. Chaque planche est un plaisir pour les yeux, une explosion de couleurs qui rend l’immersion immédiate et totale. On sent ici toute la force de l’illustratrice qui sait transformer chaque case en un tableau narratif. Visuellement, c’est un sans-faute, un pur enchantement.

    Le regret d’une lecture trop brève

    Cependant, malgré tout le plaisir pris durant cette lecture, j’éprouve une légère frustration quant au rythme. Moi qui trouve habituellement les contes un peu trop longs, j’ai ressenti ici l’inverse : j’aurais aimé que le récit soit plus détaillé, plus étalé. L’univers proposé par Rosalia Radosti m’a tellement enchanté que j’aurais apprécié m’y attarder davantage, explorer plus en profondeur les zones d’ombre de cette intrigue qui file peut-être un peu trop vite vers sa conclusion.


    Conclusion

    Au final, Sauvage est une bonne découverte. Une relecture moderne, sombre et magnifique qui confirme que Rosalia Radosti est une artiste à suivre de très près. Si vous aimez les beaux objets et les histoires qui ont du caractère, foncez.

    Le mot de l’éditeur – Ankama:
    Dans le lointain royaume de Val des Roses naît Sauvage. Fille du roi et de la reine, la princesse grandit libérée de l’hypocrisie et des coutumes chères à la cour : elle monte à cheval, tire à l’arc et court dans les bois. Bientôt, la petite fille devient une jeune femme rebelle. Alors, quand elle accepte de se marier, les prétendants fuient, effrayés par son caractère bien trempé. Jusqu’à ce que le chemin de Sauvage croise celui de Rodrigue. Ce jeune garçon charmant partage les mêmes passions que la princesse.
    Leur avenir semble tout tracé, mais l’histoire de Sauvage n’est pas un conte de fées, bien au contraire…

    Fiche de l’éditeur – Ankama – Sauvage

  • Thorgal Saga, Tome 6 : La déesse d’ambre

    Auteur : Valérie Mangin (scénario), Christophe Bec (dessin)

    Note : 4 sur 5.

    La collection Thorgal Saga continue de s’imposer comme une parenthèse enchantée pour les amoureux de l’Enfant des Étoiles. Après les réussites graphiques et narratives de Robin Recht ou du duo Ozanam/Aouamri, c’est au tour de Valérie Mangin et Christophe Bec de s’attaquer à l’icône créée par Van Hamme et Rosiński. Pari risqué ? Peut-être. Mais le résultat, intitulé La déesse d’ambre, prouve que le héros viking a encore bien des secrets à nous livrer.

    Un souffle d’aventure retrouvé

    Le premier constat qui s’impose à la lecture de cet opus est la fluidité de son récit. Valérie Mangin nous replonge dans une époque bénie de la série, celle où Jolan est encore un enfant et où la famille est le moteur de chaque action de Thorgal. L’intrigue, centrée sur une malédiction mystérieuse ne frappant que les hommes, est menée tambour battant. On y retrouve ce qui fait l’essence de la série : une quête désespérée contre le temps, une menace sourde et des enjeux personnels forts. Le rythme est impeccable, porté par des personnages secondaires solides qui donnent une véritable épaisseur à ce « one-shot ».

    L’équilibre parfait entre Mythe et Réalité

    Ce qui frappe dans cet album, c’est la justesse du dosage entre le folklore viking et l’onirisme fantastique. L’introduction de Huldra, la déesse d’ambre, apporte cette touche de mysticisme indispensable à l’univers de Thorgal sans jamais trahir le réalisme historique des décors. On navigue entre les ports du Northland et les forêts hantées par des forces anciennes avec une aisance remarquable. La magie n’est pas un artifice, elle est une composante organique de l’environnement, rendant la menace pesant sur Jolan et les villageois d’autant plus tangible.

    Le grand retour de Christophe Bec

    Mais la véritable déflagration de cet album est visuelle. On connaissait le talent de Christophe Bec pour les ambiances sombres et les architectures imposantes, mais il livre ici une prestation que l’on n’avait pas vue depuis des années. On sent une imprégnation totale, presque une dévotion au trait de Rosiński tout en conservant sa propre identité. Les planches sont d’une richesse incroyable, et certaines doubles pages offrent un spectacle à couper le souffle, nous rappelant que la bande dessinée est avant tout un art de l’émerveillement. La passion de l’auteur transpire à chaque case, faisant de cet album un objet d’art autant qu’une aventure.


    Conclusion

    Ce nouveau Thorgal Saga est, sans conteste, un très grand cru. En réussissant à marier un scénario limpide et efficace à une démonstration graphique magistrale, le duo Mangin/Bec redonne ses lettres de noblesse à la série. C’est un voyage intense, respectueux et visuellement époustouflant qui rappelle pourquoi Thorgal reste, encore aujourd’hui, le roi de l’aventure fantastique.

    Le mot de l’éditeur – Le Lombard:
    Dans un port du Northland, Thorgal vient en aide à la jeune Ingrid, attaquée par des brigands. Pour le remercier, elle lui offre un collier orné d’une perle d’ambre. Mais ce précieux cadeau est empoisonné : il fait tomber Jolan dans un profond sommeil dont rien ne peut le tirer.
    Reparti en quête d’Ingrid, Thorgal découvre un village menacé par un gigantesque incendie, où tous les hommes semblent en proie à la même malédiction que son fils. Que s’est-il passé ? Seules leurs femmes et surtout Huldra, la déesse d’ambre, le savent.

    Fiche de l’éditeur – Le Lombard – Thorgal Saga Tome 6, la déesse d’ambre

  • Terre ou Lune : Le vol majestueux de Jade Khoo

    Auteur : Jade Khoo

    Note : 5 sur 5.

    Il est de ces découvertes qui marquent une année dès ses premiers balbutiements. Alors que février pointe à peine le bout de son nez, le premier tome de Terre ou Lune s’impose déjà comme un pilier de 2026. Jade Khoo prouve ici qu’elle est bien plus qu’une illustratrice de génie: elle est une narratrice hors pair, capable de tenir le lecteur en haleine sur un pavé de plus de 300 pages.
    Je ne vais (veux) pas mâcher mes mots, Terre ou Lune est mon premier coup de cœur de l’année!

    L’ornithologie au cœur d’un drame familial

    Le récit nous place dans les pas d’Othello, un jeune garçon dont l’innocence vole en éclats à l’âge de sept ans. Sa passion pour l’ornithologie n’est pas qu’un simple passe-temps, c’est son refuge. Au début du récit, Othello porte seul un lourd fardeau, s’enfermant dans ses secrets et sa douleur. C’est là que réside toute la force de ce véritable voyage initiatique: nous suivons, pas à pas, la manière dont il va apprendre à s’ouvrir.
    Ce n’est que progressivement qu’il finit par accorder sa confiance à ses compagnons de l’association d’ornithologie, transformant sa quête solitaire en une aventure humaine poignante.

    Une utopie aux reflets mystérieux

    L’une des grandes forces de l’album réside dans son décor: un monde aux apparences utopiques qui, sous la plume de Khoo, dévoile ses failles et ses mystères au fil des pages. Le rythme est parfaitement maîtrisé, distillant les révélations sans jamais perdre le lecteur. On se laisse happer par cette ambiance singulière où le merveilleux côtoie l’intime, créant une tension narrative constante. C’est un récit qui prend son temps pour mieux nous envelopper, faisant de l’exploration de cet univers un plaisir de chaque instant.

    La maestria de la couleur directe

    Visuellement, l’album est une véritable prouesse. Jade Khoo a fait le choix audacieux et exigeant de la couleur directe. Le résultat est tout simplement somptueux: une légèreté dans le trait qui semble flotter sur la page, alliée à des palettes chromatiques splendides qui donnent vie aux ciels et aux plumages. Chaque planche est une œuvre d’art en soi, un travail touchant qui renforce l’immersion. On ne lit pas seulement Terre ou Lune, on le contemple, on le respire. C’est un régal visuel qui sublime la profondeur du scénario.


    Conclusion

    Ne tournons pas autour du pot : Terre ou Lune est le choc de ce début d’année. Jade Khoo signe une œuvre complète, vibrante et d’une maturité impressionnante pour une jeune autrice. Entre drame familial, quête de vérité et splendeur graphique, ce premier tome est une invitation au voyage qu’il serait criminel de décliner. Si c’est cela que représente la nouvelle génération de la bande dessinée, alors l’avenir du 9e art est entre de très bonnes mains. Foncez-y, vous n’en ressortirez pas indemnes.

    Le mot de l’éditeur – Morgen:
    Othello a beau se le répéter en boucle, l’acte qu’il vient de commettre est irréparable.
    Du haut de ses sept ans, lui qui n’avait d’yeux que pour les oiseaux et leurs promesses d’évasion, vient de tuer son père.
    Derrière cette tragédie familiale, de nombreux secrets enfouis, une enfance bafouée, et l’ombre d’un héritage dont il ignore encore la portée.

    Fiche de l’éditeur – Morgen – Terre ou Lune

  • Le Serment – La médecine face à l’horreur

    Auteurs : Mathieu Gabella (scénario), Mickaël Bourgouin (dessin et couleurs)

    Note : 4 sur 5.

    On dit souvent qu’il faut écouter son libraire, et la lecture du Serment (Glénat) vient confirmer cette règle d’or. Derrière une couverture intrigante se cache un thriller horrifique d’une redoutable efficacité. C’est le genre d’album qui vous saisit sans prévenir, vous entraînant dans une spirale où la déontologie médicale se heurte à des ténèbres insoupçonnées.

    Un scénario à combustion lente

    La grande force de Mathieu Gabella dans cet opus réside dans sa maîtrise du tempo. Le récit commence de manière presque clinique, posant ses pions avec une retenue qui ne laisse absolument pas présager le basculement à venir. C’est un exercice de haute voltige : maintenir l’intérêt du lecteur sans trop en dévoiler. Cette montée en puissance, organique et inexorable, transforme une simple consultation médicale en un cauchemar dont on ne ressort pas indemne. L’effet de surprise est total, et il est rare de voir un album gérer aussi bien son « twist » central.

    Alexandre : l’éthique au scalpel

    Au cœur de cette tourmente, nous suivons Alexandre, un personnage dont la complexité confine à l’antipathie. Médecin radié, il n’a pourtant jamais vraiment lâché le métier, préférant exercer ses talents dans les recoins sombres de la pègre. Ce n’est pas un homme qui a tourné le dos à sa science, mais un praticien qui l’a pervertie pour survivre. Le voir ainsi rattrapé par les obligations morales de son serment initial alors qu’il s’est habitué à soigner l’illicite crée une tension psychologique fascinante. Il est confronté à ce qu’il est devenu face à ce qu’il aurait dû être.

    L’esthétique du noir : l’influence de la ligne brisée

    Graphiquement, la claque est au rendez-vous. Le travail de Mickaël Bourgouin est une révélation pour quiconque aime les encrages profonds et les compositions dynamiques. On ressent une filiation avec le style de Sean Murphy dans cette manière de hachurer les visages, de donner de l’angle aux mâchoires et de l’impact aux scènes d’action. Les noirs sont intenses, presque poisseux, et servent magnifiquement l’ambiance horrifique. Chaque planche semble avoir été pensée pour accentuer la tension, rendant la lecture aussi nerveuse que le rythme du cœur d’Alexandre.


    Conclusion

    Le Serment est une lecture haletante qui prouve que le thriller horrifique a encore de beaux jours devant lui quand il est servi par une narration aussi solide. C’est une œuvre qui bouscule, surprend et captive jusqu’à la dernière case. Si vous cherchez un album capable de vous faire oublier le monde extérieur tout en vous donnant quelques frissons, ne cherchez plus : le diagnostic est sans appel, c’est une réussite totale.

    Le mot de l’éditeur – Glénat:
    Médecin radié de l’Ordre, Alexandre ne travaille plus que pour la pègre : braqueurs blessés, mules en overdose, règlements de comptes ratés… Ses patients sont violents, mais ils paient bien. Il a mis au point des protocoles pour être disponible, tout en restant anonyme et en sécurité. Surtout, il a compris qu’il avait du pouvoir sur eux. Pour le milieu, désormais, il est le « Docteur ». Mais un soir, alors qu’il soigne un jeune braqueur sous l’œil menaçant de son grand frère, un homme s’infiltre trop facilement dans son repaire. L’intrus, Zacharie, se présente comme… un chasseur de vampires. Et tout en exhibant une marque de morsure au cou, il prévient : « Tant qu’il y a du soleil, ça ira. Mais dès qu’il fera nuit, je me transformerai, et je vous tuerai. Vous avez une journée pour empêcher ça. ».

    Fiche de l’éditeur Glénat – Le Serment de Gabella et Bourgouin

  • Dans la tête de Sherlock Holmes (Tome 3) : Le cauchemar du Loch Leathan – partie 1

    Auteurs : Benoît Dahan (dessin, couleurs), Cyril Liéron (scénario)

    Note : 4.5 sur 5.

    L’esprit de Sherlock Holmes s’aventure dans les brumes d’Écosse

    Après le succès phénoménal de L’Affaire du ticket scandaleux, le duo Cyril Liéron et Benoît Dahan revient avec un nouveau diptyque. En quittant le confort pavé de Londres pour les terres sauvages et mystérieuses de l’Écosse, les auteurs ne se contentent pas de changer de décor : ils déplacent le curseur du récit vers l’irrationnel et le folklore. Une immersion fascinante dans la psyché du détective, où chaque planche est une énigme en soi.

    Un dépaysement au service du mystère

    L’idée de transporter Holmes dans un village écossais inquiétant est une réussite narrative majeure. Loin de ses repères habituels, le détective se retrouve confronté à des mythes locaux et une confrérie dont l’ombre plane sur chaque case. Une lettre mystérieuse sert de fil d’Ariane à une intrigue particulièrement bien ficelée. Le scénario joue habilement sur le contraste entre la rationalité froide de Holmes et l’irrationalisme apparent des légendes du Loch Leathan. Les protagonistes, à la fois étranges et suspects, densifient une atmosphère pesante qui rappelle les meilleurs récits de mystère atmosphérique.

    Le découpage : une mécanique de précision

    Ce qui fait la force unique de cette série, c’est l’incroyable travail de Benoît Dahan sur la mise en scène. On ne se contente pas de lire une bande dessinée, on explore un cerveau et le mécanisme de la pensée de Holmes. Le découpage reste le point fort de l’œuvre : les auteurs utilisent l’espace de la page pour matérialiser les connexions logiques de Sherlock. Les rouages, les fils tendus entre les indices et les perspectives éclatées ne sont pas de simples gadgets visuels ; ils sont le moteur de la narration. Cette inventivité graphique transforme le lecteur en partenaire de réflexion du détective, rendant l’expérience de lecture active et presque ludique.

    L’attente insoutenable de la résolution

    La construction en deux tomes permet de poser des bases solides tout en faisant monter la tension. Ce premier volet remplit parfaitement son rôle de mise en bouche en nous laissant sur un sentiment d’urgence et de curiosité. Retrouver la « patte » graphique si particulière de Dahan avec ses détails fourmillants et ses ambiances colorées soignées  est un régal pour les yeux. On ressort de cette lecture avec une seule envie : plonger immédiatement dans le second tome pour voir comment nos deux enquêteurs parviendront à démêler le vrai du faux dans ce cauchemar écossais.

    Conclusion 

    Dans la tête de Sherlock Holmes – Le Cauchemar du Loch Leathan confirme que Liéron et Dahan sont les maîtres actuels de la réinvention holmésienne. Visuellement époustouflant et narrativement solide, cet album est un indispensable pour tout amateur de BD cherchant une expérience de lecture immersive. Le voyage en Écosse ne fait que commencer, et le brouillard n’a jamais été aussi captivant.

    Le mot de l’éditeur – Ankama:
    « Une lettre insensée attise la curiosité de Sherlock Holmes et entraîne son départ jusqu’au fin fond de l’Écosse. Le détective et son fidèle ami, le Dr Watson, vont se heurter à un village pétri de méfiance où semble rôder une créature cauchemardesque. Réfutant le mysticisme, le duo de détectives est bien décidé à découvrir ce que cache réellement « la malédiction du Kelpie » !
    Quels sombres secrets se cachent dans les brumes du Loch Leathan ?
    « 

    Fiche de l’éditeur – Ankama – Dans la tête de Sherlock Holmes : Le cauchemar du Loch Leathan – Tome 1/2

  • Les Guerres de Lucas, Épisode 2 : La confirmation d’un Chef-d’œuvre

    Auteurs : Renaud Roche (dessin), Laurent Hopman (scénario)

    Note : 5 sur 5.

    Le Poids du Succès

    Il est des suites que l’on attend avec une curiosité mêlée d’une légère appréhension. Après l’énorme succès surprise du premier tome de « Les Guerres de Lucas« , qui s’est imposé comme une de mes lectures marquante de 2023, la barre était placée très haut pour ce second opus.

    Le défi était double : maintenir la qualité narrative et graphique tout en justifiant l’intérêt d’une continuation. Or, le génie de Laurent Hopman et Renaud Roche réside précisément dans le fait d’avoir intégré cette pression, ce doute, au cœur même de leur récit. Loin de s’endormir sur leurs lauriers, ils nous plongent dans les affres d’un George Lucas qui, malgré la consécration, est loin d’avoir trouvé la paix. C’est non seulement une réussite, mais, miracle de la BD, un album qui parvient à faire encore mieux que son prédécesseur.

    Le vertige de l’indépendance : Plongée dans une spirale infernale

    Ce second volume est un modèle dans l’écriture centrée sur l’intime et le questionnement existentiel. L’intrigue s’écarte du simple making-of pour devenir une véritable étude de caractère.

    George Lucas, fraîchement auréolé du succès de son premier blockbuster, ne cherche pas à capitaliser, mais à s’affranchir. Son désir d’indépendance pour financer son prochain projet le pousse dans une zone de turbulences inédite.
    Les auteurs utilisent brillamment les étapes de cette quête d’autonomie pour soulever des questions universelles : Comment concilier une ambition professionnelle dévorante avec l’équilibre personnel ? Jusqu’où peut-on aller dans le sacrifice de soi pour son art ? Des accidents (d’ailleurs l’ouverture de ce nouvel album est saisissante) au rythme de travail effréné, on assiste, happé, à une descente aux enfers orchestrée par la pression auto-imposée et le système hollywoodien.

    Le récit est d’une puissance émotionnelle rare, saisissant l’homme derrière le mythe au moment où il est sur le point d’être écrasé.

    Une maîtrise visuelle

    Le travail graphique de Renaud Roche dans ce second tome mérite que l’on s’y attarde, car il est l’un des piliers de la réussite narrative. L’exploit réside dans sa capacité à générer une intensité dramatique et émotionnelle forte en utilisant un trait volontairement minimaliste et épuré. Loin de l’esbroufe ou de la surcharge de détails, le dessinateur opte pour l’essentiel, prouvant qu’il n’est pas nécessaire d’en faire trop pour atteindre une expressivité maximale. Chaque ligne est juste, chaque hachure est délibérée, et c’est cette économie de moyens qui rend l’impact visuel d’autant plus puissant. Le style est au service du sujet, se fondant dans le rythme oppressant de l’histoire plutôt que de le parasiter.

    Cette approche se manifeste notamment dans la représentation des personnages. L’auteur parvient à saisir l’état psychologique complexe de ses protagonistes en s’attardant sur les éléments cruciaux du visage: les cernes, l’orientation d’un regard, le pli d’une bouche suffisent à traduire la fatigue accumulée, le doute lancinant ou la détermination farouche de George Lucas. Le dessinateur excelle à capturer ces micro-expressions qui sont de véritables fenêtres sur l’âme des protagonistes. Ce faisant, il renforce l’identification du lecteur, qui perçoit immédiatement la détresse et la tension psychologique sans avoir besoin de longs dialogues descriptifs. C’est le triomphe du show, don’t tell appliqué au dessin.

    Enfin, la mise en page elle-même est une composante essentielle de la tension et du rythme brillant de l’album. Roche utilise le découpage des planches comme un outil narratif, variant les plans pour amplifier l’impact. Les gros plans sur les visages succèdent aux plans larges qui isolent Lucas, soulignant sa solitude et le poids du système qui pèse sur lui. L’usage intelligent du noir et blanc et du silence graphique – ces moments où le texte s’efface pour laisser la scène respirer et la tension monter – fait de cet album une expérience immersive. Le rythme est ainsi maîtrisé de bout en bout, transformant chaque case en un pas supplémentaire dans la spirale infernale vécue par le cinéaste.

    Conclusion : Une saga déjà légendaire

    Les Guerres de Lucas, épisode 2 n’est pas qu’une simple suite ; c’est la confirmation retentissante qu’une nouvelle grande saga de la bande dessinée est née. Hopman et Roche ont réussi l’exploit d’aborder un sujet connu de tous avec un angle nouveau, intime et universel. Ce projet, qui aurait pu paraître fou sur le papier, est une leçon de narration et de graphisme.

    L’album est une immense réussite qui mérite amplement son succès. Il se lit d’une traite, laissant le lecteur à la fois admiratif du parcours de l’artiste et soulagé de la fin de sa tourmente. Bravo aux auteurs pour cette œuvre impeccable et à l’éditeur pour avoir fait confiance à une vision aussi audacieuse.

    Le mot de l’éditeur – Editions Deman:
    « Scrupuleusement fidèle à la réalité historique, méticuleusement documenté, Les Guerres de Lucas met en scène l’épopée de George Lucas, enfant rebelle passé à côté de la mort, prodige du nouvel Hollywood et visionnaire indomptable.
    Une exploration inédite des coulisses de Star Wars, de l’enfer du casting au tournage cauchemardesque, où querelles entre acteurs, histoire d’amour secrète et désastres en pagaille jalonnent le quotidien. Un bourbier gigantesque dont sortira pourtant une œuvre majeure qui changera à jamais le septième art.
    Les Guerres de Lucas est une plongée en apnée dans les affres de la création, intense et poignante, mais drôle malgré tout. Making of ultime, success- story jouissive et leçon de cinéma, une ode à la magie de l’enfance et à la persévérance. »

    Fiche de l’éditeur – Editions Deman – Les Guerres de Lucas, Episode 2