Bulle BD

Sur ce blog, je partage avec vous mes découvertes et lectures en rapport avec l’univers de la bande dessinée.

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Detroit Roma : un véritable coup de foudre

Auteurs : Elene Usdin (scénario, dessin), Boni (scénario, dessin)

Note : 4.5 sur 5.

Il y a des lectures qui arrivent sans crier gare, des rencontres littéraires que l’on ne sollicite pas et qui, pourtant, vous marquent au fer rouge. C’est exactement ce que j’ai vécu avec Détroit Roma d’Elene Usdin et Boni, publié aux éditions Sarbacane. Je l’avoue, je ne connaissais pas le travail des auteurs, et je n’avais aucune attente particulière en ouvrant cet album imposant de 352 pages. Je ne m’étais même pas préparé à la densité de l’objet. Or, c’est de cette absence de préparation qu’est née la plus belle des surprises. J’en suis ressorti littéralement abasourdi : quelle œuvre !

L’envoûtement d’un puzzle narratif intime

Dès les premières pages, j’ai su que je tenais quelque chose de spécial entre les mains. Ce n’est pas un album que l’on survole. C’est un récit qui prend son temps, un luxe de narration qui m’a rappelé à quel point j’apprécie les œuvres parfois exigeantes. Le découpage m’a d’emblée interpellé, avec un jeu subtil d’allers-retours temporels qui fonctionne comme un véritable puzzle à assembler. Cette structure particulière exige du lecteur une concentration de tous les instants, mais elle m’a paradoxalement incité à une immersion encore plus profonde. Je me suis délecté de cette nécessité de devoir rester attentif pour saisir l’intégralité du destin de ces deux femmes. Ce rythme lent et ciselé a permis à leur histoire de se déployer avec une intensité toute particulière, rendant leur parcours incroyablement intime et touchant.

De Détroit à Roma et l’écho du cinéma

Ce que j’ai trouvé saisissant dans cet album, c’est l’utilisation du décor comme un personnage à part entière. Le récit se déroule sur la trame d’un road trip, mais celui-ci est ancré dans la réalité implacable de Détroit, cette ville fantôme. Cette toile de fond lourde et pesante met en exergue la complexité et la mélancolie des deux héroïnes, qui n’ont qu’une seule idée : se détourner de Détroit pour rejoindre Roma. C’est le moteur de cette évasion, un espoir de renaissance loin de l’échec et de la morosité.

L’album dégage d’ailleurs un côté très cinématographique, et cette recherche d’un ailleurs lointain m’a personnellement rappelé l’onirisme tortueux d’un Mulholland Drive. Il y a dans Détroit Roma cette même féérie dérangeante, cette capacité à transformer le réel en une quête ambiguë où l’intime côtoie le fantastique. Je me suis senti happé par cette atmosphère de fuite et de rêve, pris dans l’étreinte d’une ville qui porte les stigmates de l’échec.

La beauté des planches, entre stylo et tableaux

Si l’histoire m’a conquis, la forme m’a subjuguée. L’aspect visuel de Détroit Roma est, pour moi, une véritable claque artistique. Les dessins détonnent, alternant entre des styles d’une richesse incroyable. On passe de traits vifs réalisés au stylo ou au feutre à de véritables tableaux hauts en couleur, d’une somptuosité rare en bande dessinée. La beauté de certaines planches est tout simplement stupéfiante. Ces choix graphiques ne sont pas de simples ornements ; ils participent pleinement à l’immersion totale que j’ai ressentie. L’énergie brute du trait confère une dimension presque onirique au récit, créant un décalage fascinant entre la lourdeur du sujet et l’éclat chromatique. Je suis resté de longues minutes à admirer certains dessins, preuve que la BD peut aussi être un art pictural majeur.

Conclusion

Franchement, cet album est bien plus qu’une lecture, c’est une expérience. Détroit Roma a été pour moi une énorme surprise, un coup de cœur inattendu et monumental. J’en suis sorti abasourdi par la qualité du récit, la puissance des émotions et la beauté plastique de l’ensemble. Je n’avais pas du tout prévu de m’y intéresser, et pourtant, cet album s’est imposé à moi comme un incontourbable. Si vous aimez les récits profonds, complexes, aux résonances cinématographiques, et dotés d’une âme visuelle forte, foncez. Vous en sortirez, je vous le garantis, profondément ému.

Le mot de l’éditeur – Sarbacane:
« Deux filles, une route…
Detroit, 2015. À bord d’une vieille Ford Galaxy, deux jeunes filles traversent une Amérique en déclin, du Nord au Sud. Fuyant Detroit, leur ville natale, elles roulent jusqu’à Rome, en Géorgie, pâle copie de la cité antique. Un road-trip aussi mystérieux qu’imprégné de sens. Pour Becki, il s’agit de remonter la route des esclaves, ses ancêtres. Pour Summer, de rendre hommage aux racines italiennes de sa mère, Gloria. Sur la route, Becki gratte dans ses carnets de dessin déjà noircis par leur histoire, leurs drames quotidiens et leur amitié chaotique. Au fil des croquis, des kilomètres avalés et des confidences, les deux amies délieront les secrets de famille qui ont noué leur destin, bien avant leur naissance. »

Fiche de l’éditeur – Sarbacane – Detroit Roma

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