Auteurs : Edouard Cour (dessin), Jean-Christophe Deveney (scénario)
Le souffle d’une épopée musicale
Certaines bandes dessinées ne se contentent pas d’être lues ; elles s’écoutent, se ressentent, et laissent une trace durable bien après la dernière page tournée. C’est le cas de Soli Deo Gloria (Éditions Dupuis), un pavé de 280 pages qui s’est imposé comme l’un des événements majeurs de cette année, couronné notamment par le Prix du meilleur album au festival Quai des Bulles. Scénarisé par Deveney et mis en images par le génial Cour, cet album nous plonge dans le Saint-Empire germanique du début du XVIIIe siècle, suivant l’ascension tragique et magnifique des jumeaux orphelins Hans et Helma.
Plus qu’un simple récit historique, c’est un conte musical sombre et lumineux qui explore la puissance transcendante de l’art face à la dureté de l’existence. Préparez-vous à une lecture qui est une véritable symphonie pour les yeux et l’esprit.
Un Scénario-Oratorio, entre conte et histoire
La force de cet album réside dans la densité et la justesse de son scénario. Deveney tisse une trame narrative qui s’apparente à un véritable oratorio, structurant le parcours des deux jeunes prodiges, Hans et Helma, autour des thèmes classiques du conte – l’orphelinat, le don inné, le voyage initiatique – tout en les ancrant dans une réalité historique poignante. On assiste à une odyssée historique où la musique est à la fois une bouée de sauvetage et une malédiction.
Le récit ne recule pas devant les aléas de la vie et la brutalité d’une époque (pauvreté, rivalités, exploitation), conférant à l’ascension des jumeaux une dimension profondément humaine et dramatique. Le scénariste utilise habilement le cadre du Saint-Empire et de la tradition baroque pour donner une résonance particulière à leur quête de virtuosité. La narration est riche, captivante, et maintient le lecteur en haleine sur près de 300 pages, prouvant que la Bande Dessinée peut embrasser le souffle des grandes fresques romanesques.
La Mise en Images : Quand le Dessin dégage des Sons
Si le scénario pose les fondations, c’est bien le dessin de Cour qui érige la cathédrale. L’artiste parvient à une prouesse rare, celle de dégager des sons et des vibrations de ses planches. Son trait, à la fois précis dans les détails historiques et organique dans l’émotion, donne une texture palpable à cet univers. Les scènes de concerts sont de pures merveilles visuelles, on sent la ferveur de la foule, la tension des cordes, et la concentration des musiciens.
C’est un travail entièrement accompli où chaque case semble chanter. Cour utilise la lumière et les ombres avec un sens dramatique inouï, soulignant l’intensité des émotions des personnages et la richesse des décors d’époque. Ce n’est pas seulement un dessin, c’est une partition graphique qui élève le récit à un niveau d’art total. L’immersion est complète, le style est reconnaissable, et la virtuosité graphique est à la hauteur de la virtuosité musicale dépeinte.
Un Album Rare et définitivement Grand
Soli Deo Gloria n’est pas un album que l’on oublie. Il représente ce que la bande dessinée de genre a de plus ambitieux à offrir. La synergie entre le texte de Deveney, rigoureux et émouvant, et les images de Cour, puissantes et mélodieuses, crée une œuvre rare qui justifie amplement sa lecture. Cet album se déguste lentement, nécessitant plusieurs relectures pour apprécier toutes les nuances de son conte musical et de son exploration des destins.
Loin d’être une simple biographie, c’est une réflexion sur le prix du talent, la solitude du génie, et la beauté qui peut jaillir du chaos. C’est un très grand album à n’en point douter, un chef-d’œuvre de la bande dessinée contemporaine que tout amateur se doit de posséder.
Conclusion : Une Symphonie immanquable
Soli Deo Gloria est une expérience totale. De l’écriture ciselée de Deveney qui donne corps à une odyssée dure mais fascinante, au coup de crayon sublime de Cour qui transforme l’encre en musique, cet album est un triomphe. Il mérite amplement toutes les louanges reçues, y compris son prix à Quai des Bulles.
Si vous cherchez une BD qui vous transporte, vous émeut et vous impressionne par sa maîtrise artistique, ne cherchez plus. Laissez-vous emporter par cette partition en noir et blanc.
Le mot de l’éditeur:
« Nés sous le ciel crasseux du « Saint-Empire romain germanique », Hans et Helma étaient destinés à une vie de labeur et de pauvreté. Leur don et leur amour pour la musique s’offriront à eux comme un espoir, une lueur dans leur quotidien sombre et terreux. Après la disparition de leur famille, ils vont être recueillis par un ermite musicien qui va leur faire découvrir la richesse des sons de la nature.
Accueillis ensuite dans un pensionnat religieux, ils vont apprendre les bases de la lecture et du solfège, leur permettant de déchiffrer les plus belles partitions de leur époque.
Adoptés par un margrave, seigneur de guerre, ils découvriront ensuite la beauté des instruments de musique. »











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