Auteurs : Juan Diaz Canales (scénario), Giovanni Rigano (dessin, couleurs), Christilla Vasserot (traduction)
S’attaquer à l’univers de Blacksad par le biais d’un spin-off est un exercice périlleux. « Weekly » ne se contente pas de relever le défi : il l’emporte avec brio, en donnant une profondeur inattendue à l’acolyte de John Blacksad.
Une « Origin Story » qui prend son temps
La grande force de cet album est de ne pas se précipiter. J’ai été très sensible à la manière dont le scénario tisse le passé de Weekly (Dustin de son vrai nom). L’introduction de sa jeunesse, notamment sa relation touchante avec sa grand-mère, n’est pas anecdotique. Elle sert de fondation solide pour expliquer la personnalité du personnage : sa débrouillardise, sa morale, et cette tendance à se retrouver dans des situations improbables.
L’intrigue : une enquête initiatique
C’est là que l’album m’a le plus convaincu. L’histoire bascule habilement de la chronique de jeunesse au polar. Weekly n’est pas John Blacksad ; il n’est ni détective ni bagarreur. Il est, « malgré lui » plongé dans une affaire qui le dépasse.
Le scénario est très bien ficelé :
- Le point de départ : Weekly se retrouve témoin ou acteur involontaire d’un événement qui va l’obliger à « fouiner ». C’est cette transition d’observateur passif à acteur qui est au cœur du récit.
- Une construction en double-jeu : L’intrigue principale se déroule dans le milieu de l’édition (des comics pour être précis). Loin d’être un simple décor, cet univers est le véritable terrain de jeu de l’enquête. Weekly doit apprendre à naviguer dans un monde d’artistes, d’éditeurs et de secrets bien gardés.
- L’apprentissage du métier : Ce que j’ai trouvé le plus dense, c’est de voir ses premiers pas hésitants de journaliste. Il n’a pas les méthodes d’un pro. Il tâtonne, fait des erreurs, mais apprend à connecter les indices. L’enquête est autant une quête de vérité sur l’affaire qu’une quête initiatique pour Weekly lui-même.
L’intrigue principale est un modèle de polar bien ficelé. Le rythme est parfaitement géré, l’enquête est prenante, et si je n’en dirai pas plus pour préserver le suspense, attendez-vous à un final qui vous tiendra en haleine.
Une fidélité visuelle impeccable
Même sans Guarnido aux commandes, l’album est une splendeur visuelle. Le dessin fait plus qu’honorer la série mère : il s’approprie les codes (anthropomorphisme expressif, ambiance de polar, jeux de lumière) tout en apportant sa propre sensibilité, peut-être plus adaptée au ton de Weekly, à la fois comique et mélancolique.
En conclusion
« Weekly” est un album remarquablement bien construit, qui réussit l’équilibre parfait entre l’origin story de personnage et une intrigue de polar solide. Le scénario est dense, intelligent, et parvient à nous captiver pour son enquête propre, tout en enrichissant l’univers que l’on aime tant. Un album très plaisant à lire, qui, je l’espère, n’est que le premier d’une longue série d’explorations de cet univers.
Le mot de l’éditeur:
« Dustin, une fouine, vit à New-York avec sa grand-mère d’origine russe, Chana, dans un minuscule appartement et vivote en acceptant des petits boulots au plus grand désespoir de Chana. Fidèle croyante, elle décide d’aller voir la pasteure Lubansky, une brebis qui mène une croisade contre le mal incarné à ses yeux, par les publications destinées aux jeunes lecteurs : les comics…«











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